Médicaments et pesticides

Médicaments ou pesticides

dans 20% des eaux en bouteille

Une étude menée par 60 millions de consommateurs révèle la présence de molécules chimiques dans l'eau en bouteille à des niveaux très faibles.

Le magazine 60 millions de consommateurs est formel : sur cinquante eaux en bouteille testées - minérales ou de source - dix contenaient des traces de médicaments ou de pesticides : Hépar, Mont Roucous, Saint-Amand, Vittel, Volvic, Carrefour Discount, Cora, Cristalline, Salvetat, Saint-Yorre, et trois marques d'eau en bouteille : O'water, Obio, Culligan Val-de-Marne.

Une pierre dans le jardin des embouteilleurs, surtout pour les eaux minérales. Ces eaux sont jugées non seulement pour leur qualité sanitaire, qui doit être évidente, mais aussi pour leur "pureté originelle". Elles ne doivent subir aucun traitement chimique (comme les eaux de source) et leur composition minérale doit être stable tout au long de l'année.

Quand on connaît l'énergie dépensée par les entreprises pour protéger de la pollution les sources de leur marque la plus prestigieuse, on peut s'interroger sur l'état général de l'environnement et des eaux souterraines.

"Grande surprise"

Les auteurs de l'étude sont prudents quant à l'un des résultats qu'ils qualifient eux-mêmes de "grande surprise". Leur étude montre que 10% des eaux en bouteille analysées "présentent des résidus de tamoxifène", une hormone de synthèse utilisée dans le traitement du cancer du sein. "Les niveaux sont extrêmement faibles : au maximum, 0,001% de la dose habituelle pour un traitement en buvant 1,5 litre", précisent-ils, mais ils persistent et signent : le laboratoire, en répétant toutes les analyses, est arrivé aux mêmes conclusions. "C'est un médicament spécifique pour le cancer du sein. Pour que cela se produise dans des bassins versants protégés, il faudrait que les égouts rejettent l'urine des femmes traitées et que ces eaux pénètrent dans l'aquifère profond", explique Yves Lévi, chercheur au laboratoire de santé publique et d'environnement de l'université Paris-Sud, pour le moins perplexe, alors que la plupart des sources sont situées à des centaines de kilomètres des villes et des hôpitaux.

La revue a analysé non seulement l'eau en bouteille mais aussi l'eau du robinet qui ne se porte guère mieux puisque, sur un échantillon prélevé dans dix villes, ils ont trouvé des traces de pesticides dans sept d'entre elles.

Tous ces résultats ont provoqué une réaction immédiate des professionnels lundi. "L'eau vendue aux consommateurs est parfaitement saine, et les prélèvements effectués sont de l'ordre du nanotrace", s'est offusqué le Syndicat des eaux de sources. "Il n'y a aucun résidu médicamenteux dans les eaux minérales naturelles", ajoute la chambre syndicale du même nom, et "les traces de pesticides retrouvées sont à des niveaux infinitésimaux et donc parfaitement conformes à la réglementation". Ce travail sera suivi par d'autres. L'Anses a par exemple lancé une grande campagne d'analyse sur les eaux en bouteille, qui portera, si nécessaire, sur les sources elles-mêmes. Les résultats seront disponibles en 2014.

Comment les pesticides évoluent-ils d'abord dans le sol, puis dans les eaux souterraines ? C'est la question sur laquelle travaille le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière), alors qu'aujourd'hui près de 60% des captages d'eau sont contaminés.

Un travail titanesque dont les premiers résultats sont impressionnants. Une étude menée à Montreuil-sur-Epte (Val-d'Oise) a par exemple montré qu'un pesticide (l'atrazine) qui n'est plus utilisé depuis 1999 est encore très fortement présent dans les eaux souterraines sept ans plus tard. Pire encore, un dérivé (la dééthilathrasine) est également présent dans l'eau de source à des concentrations deux à trois fois supérieures à celles du produit initial. Et personne ne sait s'il faudra encore deux ans, dix ans ou vingt ans pour que toute trace de ces produits disparaisse.

Risques de contamination

Une expérience qui ne peut malheureusement pas être transposée à l'ensemble de la France, loin s'en faut. Et c'est tout l'enjeu du travail des chercheurs qui, pour ce faire, participent aussi à des programmes européens. Le dernier en date, baptisé Footprint, réunit des scientifiques de neuf pays et vise à développer des outils d'évaluation du risque à long terme de contamination des eaux par les produits phytosanitaires.

"La variabilité des concentrations en produits phytosanitaires et l'hétérogénéité des milieux rendent difficile la caractérisation des pollutions et l'évolution de la qualité des eaux", explique Christophe Mouvet, l'un des chercheurs du BRGM (Bureau des recherches des ressources géologiques et minières).

De nombreuses incertitudes

"A ce jour, explique Ivan Dubus, l'un de ses collègues, nous soupçonnons qu'il existe un stock très important de pesticides dans le sol, nous savons que le temps de transfert vers les eaux souterraines peut durer plusieurs décennies et nous constatons que les phénomènes d'atténuation naturelle dans les eaux souterraines sont généralement limités". Ces observations et commentaires laissent donc beaucoup d'incertitudes sur la capacité de la France à répondre aux exigences de la directive européenne imposant une bonne qualité des eaux d'ici 2015.

Occasion manquée également pour le projet de loi sur l'eau actuellement en discussion à l'Assemblée nationale. Il prévoit peu de mesures pour réduire l'utilisation des pesticides par les agriculteurs.

Eaux polluées par les drogues

LE FIGARO. - Le problème des drogues dans l'eau est-il récent ?

Yves LEVI. - La première grande série d'analyses a été réalisée à Berlin au début des années 2000 dans les rivières et les nappes phréatiques qui alimentent la ville en eau potable. Les chercheurs ont trouvé dans ces eaux des traces de pollution humaine, notamment des anti-inflammatoires, des antiépileptiques et des hypolipémiants. Suite à ces travaux en Allemagne, l'United States Geological Survey (USGS) a effectué en 2002 des analyses dans 139 rivières américaines, dont 80% contenaient des résidus de médicaments en vente libre pour le public et 50% des traces d'antibiotiques et d'hormones œstrogènes. Depuis lors, cette question des traces de médicaments dans l'eau a rejoint la préoccupation mondiale concernant les risques environnementaux et sanitaires associés aux mélanges de polluants émergents dans notre environnement (plastifiants, retardateurs de flamme, polluants organiques persistants, pesticides...).

Y a-t-il des données disponibles en France ?

Par rapport à l'Allemagne, aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, la France est très en retard dans ce domaine. Il y a trois ans, notre équipe a mesuré le potentiel œstrogénique et notamment l'éthynylestradiol dans les eaux de la région parisienne. Les stations d'épuration rejettent des traces d'hormones qui se traduisent par de très faibles concentrations de quelques nano-grammes (millionièmes de milligramme) par litre dans la Seine. Mais même à ces concentrations, les hormones perturbent le développement sexuel des poissons. Il existe des études ponctuelles en France mais le niveau de connaissance sur l'état général de la contamination de nos ressources reste très faible. Certes, des laboratoires de recherche français publics ou privés collaborent à des programmes d'études européens, notamment sur les rejets des stations d'épuration et leurs boues utilisées comme engrais agricoles. Nous menons actuellement un programme d'étude pour modéliser les rejets de médicaments dans les égouts des hôpitaux. Mais cela reste insuffisant, compte tenu de l'importance des enjeux.

Quel est l'impact des médicaments vétérinaires ?

Depuis plusieurs années, la réglementation européenne impose aux médicaments vétérinaires de calculer leurs concentrations prévisibles dans l'environnement et les risques éco-toxicologiques dans les dossiers d'autorisation. Pour les médicaments humains, une réglementation similaire est encore en cours d'élaboration. Il est trop tôt pour évaluer la proportion de contamination liée aux médicaments vétérinaires par rapport aux médicaments humains. Les proportions varient d'une région à l'autre en fonction des zones d'élevage intensif et de pisciculture où sont utilisés des antibiotiques et des produits antiparasitaires ou dans les zones urbaines où les animaux domestiques sont dominants et parfois même traités avec des produits anticancéreux. Les résidus de médicaments vétérinaires se retrouvent dans le fumier épandu sur les champs ou déversé dans les pâturages. En outre, la contamination provient également des rejets liquides des usines de production pharmaceutique qui sont parfois envoyés à la station d'épuration. Pour les humains, les médicaments éliminés par les urines ou les fèces se retrouvent dans les fosses septiques ou sont transportés par les égouts vers les stations d'épuration qui n'ont pas été conçues pour éliminer toutes les traces des molécules que la chimie et la pharmacie ont pu inventer au cours des quarante dernières années. Certains médicaments vont être dégradés par la station d'épuration, d'autres se déposent dans les boues, mais certains passent partiellement au travers du traitement et finissent par être rejetés et dilués dans les cours d'eau. Antibiotiques, anticancéreux, produits de contraste iodés vont ainsi rejoindre la grande masse des autres nano et micropolluants tels que les solvants, les pesticides, les hydrocarbures ou les détergents.

Mais quel est le risque pour l'eau du robinet ?

Environ 40% de l'eau potable est produite en France à partir d'eaux de surface (rivières, lacs) qui sont polluées par les rejets de nos activités. Les usines de production d'eau potable ont déjà été globalement améliorées en France pour produire une eau de très bonne qualité malgré la contamination des rivières et des nappes phréatiques. Mais l'inquiétude est grande au niveau mondial, notamment en ce qui concerne les molécules mal éliminées ou transformées par les traitements de chloration. Des fonds considérables seront nécessaires pour rénover les systèmes d'assainissement si l'on ne sait pas comment réduire ou stopper la pollution en amont.

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